Agnieszka
KEDZIERSKA MANZON

Directrice d'études

Anthropologue, Agnieszka Kedzierska Manzon est formée en Pologne (Université de Varsovie), en France (EHESS, INALCO) et aux États-Unis (Université de Californie à Berkeley), où elle a également enseigné.

 

Directrice d’études à l’EPHE depuis 2018, elle est membre de l’Institut des Mondes Africains (IMAf). Ses recherches s’inscrivant dans le domaine de l’anthropologie du religieux et du rituel, du corps et du langage, ainsi que celle des études de la culture matérielle, ouvrant plus récemment sur le domaine des études des spiritualités alternatives et de nouveaux mouvements religieux.

 

Entre 1995 et 2019, Agnieszka Kedzierska Manzon a mené de nombreuses enquêtes ethnographiques en pays mandingue (Afrique de l’Ouest), principalement au Mali, en s’intéressant aux choses-dieux : basiw, aux pratiques de la société initiatique des chasseurs-donsow et, plus récemment, au culte de possession jinɛdɔn. Sur le plan conceptuel, ces enquêtes portaient sur les mécanismes et l’esthétique des pratiques rituelles considérées localement comme « traditionnelles », sur la matérialité du religieux, sa base somatique, sur la parole efficace, ainsi que la conceptualisation du divin, de la matière, du vivant et des plantes en Afrique de l’Ouest. Ces thématiques se reflètent et nourrissent les conférences d’Agnieszka Kedzierska Manzon qui, dans les années 2018 – 2023, sont consacrées aux questionnements des catégories classiques des sciences religieuses - telles que fétiche, animisme, génie de brousse, possession, religion traditionnelle - appliquées à l’étude du fait religieux en Afrique.

 

Depuis 2021, les recherches d’Agnieszka Kedzierska Manzon sont davantage centrées sur les transformations en cours des pratiques et des formes d’expertise rituelle au sud du Sahara où prolifèrent de « nouveaux entrepreneurs religieux » qui postulent les "retour aux sources" et dont l’activité pourrait être considérée comme proche du New Age ou du paganisme ethnique. Les conférences sont alors consacrées à de telles « retours aux sources » et plus généralement à des formes d’engagements religieux alternatives en pleine expansion actuellement en contextes postcoloniaux sensu lato. Leur étude dans une perspective comparatiste (Afrique – Asie ; Afrique – Europe Centrale et de l’Est) suppose retour sur l’histoire de l’ésotérisme et notamment sur ses développements hors Occident.

 

Ces nouveaux questionnements s’appuient sur les enquêtes menées depuis 2021 en Afrique australe, notamment dans la région du Cap occidentale en Afrique du Sud. Le projet en cours consiste à cartographier les réseaux spirituels contemporains avec une attention spéciale portée à leurs nœuds situés dans le sud global.

On observe aujourd’hui en Afrique comme ailleurs la prolifération de pratiques qu’on pourrait rapprocher du New Age défini comme un type de ritualisation hybride par nature, fondé sur l’emprunt et le réagencement d’éléments provenant d’autres contextes cultuels et culturels, dont la manipulation permet les constructions singulières des subjectivités. Présentées souvent par ceux qui les mettent en place comme une forme de retour aux sources, ces pratiques impliquent des circulations globales – nord-sud mais aussi sud-sud – de matériaux, de concepts et de personnes. Mes séminaires ces dernières années visent leur étude dans une perspective comparatiste afin de mieux saisir leur mécanisme mais aussi leur spécificité en contexte postcoloniaux ainsi que mieux comprendre les circulations contemporaines et passées des concepts, des matières rituelles et des sujets humains et non-humains.